Traction, Licorne et Delage

Venez découvrir celles qui ont créé le mythe !

Modérateurs : bebert59, cxmanTRDTURBO, Pierre_le_Romand, harchin IE

Répondre
Avatar du membre
citroensantander
Modérateur
Modérateur
Messages : 4406
Enregistré le : ven. janv. 18, 2008 1:12 am
Quelle est la couleur du LHM neuf ? : vert (comme l'espoir)
Localisation : Santander (Espagne)
Âge : 49

Traction, Licorne et Delage

Message par citroensantander » mer. févr. 27, 2008 6:27 pm

Traction, Licorne et Delage, ou "Les voitures utilisant la coque Traction Avant" à  la fin des années 1930.

Pendant l'entre deux guerres, la France se trouvait en récession économique. L'industrie automobile était affaiblie avec trop peu de grandes firmes qui réussissaient et trop de petites firmes en mauvaise situation. Le pays était descendu au tableau de classement mondial des constructeurs automobiles et Peugeot, Renault et Citroën se partageaient le marché.

Les organismes de l'industrie automobile et les milieux politiques exerçaient alors des pressions sur ces trois constructeurs afin qu'ils n'abusent pas de leur situation de quasi monopole. Par ailleurs, les « trois grands » avaient tout intérêt à  aider les petits constructeurs. Chaque nouvelle faillite multipliait d'autant les chances des constructeurs étrangers de s'implanter sur le sol français par le biais de rachats. Ford ne contournait-il pas les restrictions d'importation depuis qu'il avait acquis la marque Mathis ? Et Fiat ne faisait-il pas de même par le biais de Simca qu'il venait de racheter ? Chaque nouvelle faillite d'un petit constructeur National entraînait son rachat par une marque étrangère puissante qui n'avait d'autre but que de grignoter lentement mais surement le marché des « trois grands ». Et la faillite retentissante de Citroën en 1934 n'était pas faite pour rassurer Peugeot et Renault.

Dans l'entre deux guerres, les « trois grands » virent également leur situation se précariser du fait de la victoire de la coalition de gauche du Front populaire en 1936 qui entraîna une avalanche de grèves avant d'imposer des concessions sur les salaires et les conditions de travail qui augmentèrent d'autant les couts de production et réduirent, de ce fait, la rentabilité de ces entreprises. L'ensemble de ces facteurs rendait ces « trois grands » de plus en plus vulnérables. Ils devaient, malgré tout, s'efforcer de démontrer leur bonne volonté. Une nationalisation toujours possible leur « pendrait au nez » dans le cas contraire. En effet, le gouvernement ne pouvait se passer du soutien des communistes, eux-mêmes tributaires des réponses apportées aux pressions exercées par les membres de la force ouvrière.

Ce gouvernement venait d'ailleurs de mettre sur pied un Conseil National Economique qui commanda un rapport dans le but de mettre en place une nouvelle politique automobile. Ce rapport recommanda une organisation et une discipline accrues parmi les constructeurs, mais aussi et surtout une collaboration entre marques.

La fédération des constructeurs automobiles réagit à  ce rapport en se disant prête à  réduire le nombre de modèles offerts par chacun des constructeurs afin de diminuer la concurrence entre les différentes marques. Cette fédération voyait également d'un bon Å“il de réserver aux petits constructeurs les contrats militaires en augmentation constante du fait du réarmement de la France en réaction à  l'ascension d'Hitler. Déchargés de cette besogne, les « trois grands » pourraient ainsi se concentrer sur la construction ininterrompue d'automobiles en grande série.

Au milieu des années '30, il était donc de bon ton de vouloir aider les petits constructeurs.

Louis Renault plaidait pour un regroupement des petites firmes telles que Chenard et Walcker, Ariès, Unic, Latil et La Licorne. Ce regroupement pourrait tabler sur une production annuelle d'environ 6 000 unités et sur une part de marché de 4 pour cent. L'équivalent de celle dont jouissait à  l'époque Ford ou Simca. Ce regroupement était le pendant de « l'Auto-Union » allemande. Ce regroupement permettrait de rationaliser les gammes de modèles et partager les composants pour réduire les couts (eh oui, le regroupement des constructeurs qui a eu lieu dès la fin des années 1990 n'était pas une idée nouvelle).

D'autres suggéraient que chacun des « trois grands » parraine une compagnie plus petite, la prenne sous son aile, voire même la subventionne. Mais les bénéficiaires potentiels de ce soutien rejetèrent l'idée, craignant de se voir étouffés par l'étreinte de leur protecteur.
Finalement, le gouvernement Front populaire passa de vie à  trépas en 1937 et rien de tout cela n'aboutit. Citroën accepta néanmoins de fournir des carrosseries et des composants mécaniques à  quelques uns de ces petits constructeurs.

Parmi ceux-ci, La Licorne ou Licorne. Il s'agit d'une marque française qui dans les années trente jouissait d'une image bien établie comme producteur d'automobiles de moyenne catégorie, robustes et fiables, présentes dans des concours d'élégance chics. La marque proposait quatre gammes de voitures et cinq tailles de moteur différentes. En 1937, elle mit sur le marché le modèle Rivoli (en fait un trio de modèles 8 CV, 10 CV et 11 CV) qui utilisait une carrosserie de Onze Légère un peu modifiée. La calandre Licorne remplaçait la calandre Citroën. Les ailes étaient reliées par des marchepieds. La caisse Citroën permettait à  La Licorne d'offrir un nouveau modèle au même prix que l'ancien.
La Normandie reprenait la carrosserie de la Traction Avant Onze normale
Citroën fournissait d'autres constructeurs en carrosseries de Traction.
En 1938, les Rivoli Normandie et devinrent disponibles avec des moteurs de Traction Avant. Il s'agissait d'alternatives meilleur marché aux modèles à  moteur Licorne. Elles offraient en effet moins de puissance et se contentaient d'une boîte à  trois vitesses au lieu de quatre. En 1939, des caisses de Traction Avant Familiale et Commerciale à  six glaces furent également proposées dotées de moteurs Licorne 11 et 14 CV.
Après la guerre, La Licorne ne relança pas ses modèles sur base Citroën et les bas de gamme revinrent au moteur Licorne. En 1950, la société avait disparu.

On peut également citer Delage. En 1935, la marque avait été rachetée par Delahaye. En 1937, elle proposa plusieurs modèles utilisant des coques de Traction Avant montées sur son propre chà¢ssis. Elle se fournit pour e faire en caisses de Onze légère en versions berline, roadster et coupé. La calandre Delage style « pierre tombale » remplaçait la calandre Citroën. Les ailes redessinées incorporaient des marchepieds. Mais, l'acheteur de Delage ne voulait pas être vu dans une Delage dotée d'une carrosserie Citroën vulgairement courante et les ventes furent minimes. Les clients Delage jugèrent cette alliance comme un sacrilège et l'expérience ne fut pas reconduite pour l'année-modèle 1938.

Source : « Traction passion » de John Presnell aux éditions Drivers, chapitre « Les voitures utilisant la coque Traction Avant, pages 187 à  191.

Répondre

Retourner vers « Documentations et infos sur les Tractions et les propulsions Citroën »